Inf'Ode N° 2

La Voix des cathédrales

ND de Paris

Depuis huit siècles la France s’est couverte d’un prestigieux réseau de cathédrales gothiques que le monde entier vient admirer.
D’où vient leur nom ? Du siège à haut dossier, la cathèdre, d’où l’évêque présidait jadis aux cérémonies liturgiques et dispensait l’enseignement christique à la communauté des fidèles.
Un enseignement qui se répercutait depuis deux mille ans : « Aime ton prochain comme toi-même ». Vaste programme, souvent incompris.
C’est tout le corps de la cathédrale qui vibrait sous l’impact de la Parole Sacrée, lui servant de caisse de résonance.
Depuis la pierre angulaire où s’inscrit la dédicace, véritable carte d’identité de l’édifice, jusqu’aux voûtes gothiques, à l’image d’une nef (vaisseau) renversé, tout concourt à l’élévation des âmes et les aider à ouvrir les portes du monde céleste…
Une musique intérieure qu’amplifient la voix des orgues et celle’ des chants sacrés.
Chaque cathédrale vibre sur une musique unique, celle que les Maîtres d’œuvre lui ont conférée grâce à un ensemble de « tables » carrées ou rectangulaires, dont les mesures obéissent aux Nombres d’Or, puis au nombre de piliers, leur position par rapport aux vitraux et aux rosaces.
Chaque cathédrale représente une étape initiatique et se parcourt dans le sens dextrogyre (sens des aiguilles d’une montre) et donc solaire qui harmonise l’édifice avec la lumière vivante qui se déverse à travers des rosaces.
La magie de tels lieux transcende l’esprit du visiteur silencieux, conscient de sa démarche, quand il se hausse au-dessus de son humaine condition, de façon à s’harmoniser avec les Univers dont il conserve encore le souvenir endormi au sein de son âme.
Chaque cathédrale joue donc un rôle d’un vaste athanor alchimique qui incite l’Homme à se purifier et à tendre à la perfection.
Les éléments de base d’une pareille transformation sont l’eau et le feu, capables de transmuter la matière dense en métal précieux.
Notre-Dame de Paris est l’un de ces joyaux, nef qui vogue sur son île depuis qu’une tribu, les « Bar-Isis » ou fils d’Isis, se sont installés à Lutèce.
La devise de Paris est devenue « FLUCTUAT NEC MERGETUR » (la ville flotte mais ne sombre pas).
C’est à Saint Bernard de Clairvaux, au XII siècle, que nous devons le vocable de Notre-Dame à qui il a consacré les cathédrales. Son but était de syncrétiser les anciens cultes dédiées aux Vierges Noires à celui de Marie, Mère de Jésus.
Il connaissait bien les opérations alchimiques qui, à partir d’éléments opposés, soufre et mercure, créaient un troisième élément, « Le Scel » d’où émergerait la « Pierre des Sages » ou Pierre Philosophale.
Notre-Dame, vaisseau meurtri, a subi le 15 avril la double action de l’eau et du feu, mais elle n’a pas sombré. Bien sûr, les pierres qui composent sa structure et sa voûte ont beaucoup souffert, elles se sont descellées (pour rappeler le Scel) et ne vibrent plus à l’unisson de la musique des sphères.
Oui, le merveilleux instrument est désaccordé, à l’image de notre pays qui peine à trouver sa Voix (voie), déchirée entre des désirs et des revendications contradictoires, où la haine de l’Autre se nourrit du mal-être de chacun.
L’Eau des larmes éteindra-t-elle le Feu de la colère ?
Quels messages nous envoie Notre-Dame, la Mère Divine en ces temps troublés caractéristiques d’une transition planétaire ?
L’immense navire déboussolé, ancré au cœur de Paris, nous incite à regarder en nous même avec sincérité, et y détectait nos propres incendies, nos propres chutes… Et en assumer les conséquences.
Dans l’une des tours encore intactes veille toujours la discrète statue de l’Alchimiste. Il nous rappelle que nous sommes à la fois fragiles et puissants, et que le monde nouveau qui nous a été annoncé, c’est aujourd’hui qu’il se reconstruit entre Terre et Ciel, Ombre et Lumière, chaque fois que L’HOMME-PILIER écoute chanter en lui la voix de sa cathédrale personnelle…


Le 21 avril 2019